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Je reviens aux films de Hitchcock plus souvent qu'à ceux d'aucun autre cinéaste, sauf peut-être Buñuel. J'y reviens comme le fidèle au Gange. Je me baigne dans Hitchcock, l'infini et le miséricordieux.
Néanmoins, dans mes propres films, je ne tente pas de l'imiter, thématiquement ou visuellement, je n'oserais jamais suggérer que j'aspire à atteindre sa puissance et sa portée en tant que conteur. Je sais en fait que les seules choses que je partage avec lui pour le moment sont sa culpabilité catholique et sa taille de pantalon.
J'avais à peine plus de vingt ans, quand j'ai publié un livre sur Hitchcock et ses films. Il comptait plus de 500 pages - offrande votive à un dieu hors de portée. Je n'étais pas seul alors et ne serai jamais seul dans cette vénération. Hitchcock est l'un des artistes les plus influents du XXe siècle. Ses films ont influencé la musique, la peinture, la sculpture, la télévision, la littérature, et même l'architecture. Mais ce qui mesure vraiment son influence, c'est que nous qualifions souvent de hitchcockiennes certaines oeuvres d'art ou certaines expériences vécues hors du cinéma et nous les comprenons comme telles. Ainsi que pour d'autres géants de l'art international, invoquer le nom de Hitchcock c'est éveiller une ambiance, un sentiment - l'essence de son oeuvre. Il n'est pourtant que trop facile de méconnaître ce que Hitchcock a apporté au cinéma. Nombre de ses motifs emblématiques ont été mal interprétés ou dilués dans des efforts au sein d'un genre qui passent fallacieusement pour proches de lui mais sont en réalité très éloignés de son essence véritable. Par exemple le film policier italien, un exercice de stylisation fétichisée en matière de sadisme qu'on étiquette souvent hitchcockien mais qui repose sur une mécanique que Hitchcock a toujours évitée : l'énigme policière. Examinez ces films qui, pour prouver leur zèle, s'approprient les seules tournures ostensibles de son art de conter ; même un film brillant comme Charade de Stanley Donen (1963), qui a sa vigueur et son éclat propres. Il s'approprie l'usage des extérieurs célèbres qu'on trouve dans La Mort aux trousses, sans parvenir à intégrer ces décors de la manière significative qui est celle de Hitchcock, ce qui pervertit jusqu'à leur essence, leur donne un rôle de...